07 avril 2008
Rêve 1
Une musique. Une voix. Une mélodie douce et lointaine, que je perçois à peine.
Qu'est-ce donc ? L'homme parle, puis crie. J'entends. J'écoute. Je ne comprends pas. Des sons, sans sens, juste des sons qui traversent mon esprit. Des sons inaudibles.
J'avance. Je suis attirée. Comme si quelqu'un me tenait par la main et m'amenait jusqu'à ces étranges bruits.
Je rêve.
Une ville. Il fait sombre. De grands immeubles gris. Je croise un homme aux cheveux rouges, vêtu d'une veste cloutée. Il m'observe. Ses lèvres bougent. Je ne comprends pas. A l'ombre d'un vieil immeuble brûlé, un homme et une femme sont reliés par de longs filets de bave qui s'entremêlent et dégoulinent mollement sur le sol humide. Il pleut. Je ne cherche pas à m'abriter. Je continue d'avancer vers les sons qui m'attirent.
Une devanture de magasin. Je m'observe. Mes cheveux sont trempés. Je n'ai qu'un pauvre débardeur déchiré à l'encolure et une vieille jupe ternie par les ans. Mon maquillage dégouline. J'ai de gros cernes noirs sous les yeux. Depuis combien de temps n'ai-je pas dormi ?
Je ne sais pas où je suis. Je ne reconnais rien. Ni les immeubles, ni les gens. Je tente d'adresser la parole à un passant. Un groupe d'hommes, tous étrangement vêtus. "Jim, on va au Dark Dog ce soir?" Ce Jim ayant l'air le plus "correct" d'entre tous, je décide que c'est à lui que s'adressera ma question existensielle. "Excusez-moi..." Un regard noir, il me pousse, puis s'éloigne avec sa bande. Je tombe les fesses sur le sol mouillé. Un ricanement. Je lui jette un regard haineux. Il se retourne et s'en va. Je vois s'éloigner ses longs cheveux noirs et brillants de gras, de sueur et de pluie.
Je reste un moment à terre, à réfléchir à ma situation. Un mal de tête me prend. Impossible de me concentrer. Mon bras se soulève. Un homme aux cheveux verts relevés avec du gel m'agrippe, et me tire pour m'aider à me relever. Il ne lâche pas mon bras et m'emmène je ne sais où. Pas un regard, pas un mot. Je le suis.
On traverse la rue. Pas une voiture. Je me laisse guider par ce jeune inconnu. J'observe le paysage qui défile devant mes yeux. Que de sombres et effrayants immeubles, de petites ruelles dans lesquelles des chiens errants renversent les poubelles à la recherche de nourriture. On emprunte l'une de ces ruelles. J'aperçois au fond une petite porte rouge. On s'approche. Il y est inscrit en lettre d'un noir délavé "Dark Dog". "Tiens, le groupe de tout à l'heure en parlait". On entre. Une étrange musique arrive jusqu'à moi.
La musique.
Elle se fait plus présente. J'observe. Des tables salies, un bar miteux, un cafard se dandine à mes pieds.
L'homme me tient toujours le bras. Il me fait signe de m'asseoir sur la banquette. Elle est en cuir rouge. Pleine de tâches (je ne préfère pas savoir de quoi) et de trous. J'obéis. Il s'assoie face à moi. Il fait signe au serveur. "Deux bières". C'est la première fois que j'entends sa voix. Pas désagréable. dans mon verre flotte un poil ou un cheveu, sans doute du barman que j'aperçois au fond. Je le retire et commence à boire. La mousse s'étale sur mes lèvres. La bière pétille dans ma bouche. Une bière sans goût. Il me regarde. Il m'observe. "Tu viens d'où?", "J'en sais rien." Un long silence s'installe. je bois à petites gorgées, il à déjà entamé son second verre. Je sens une main sur mon épaule mais n'y prête pas attention. Une voix dans mon oreille. Je continue d'observer l'homme aux cheveux verts. Une main sur ma poitrine. "Et toi tu viens d'où?", "D'ici". Il se lève et s'en va. Je le regarde s'éloigner. Il passe la porte. Il a laissé de quoi payer sur la table. Une honnête personne.
Je regarde l'homme à demi affalé sur moi, bavant dans mon décolleté. La musique résonne toujours dans mes oreilles. C'est agréable. C'est l'homme aux long cheveux noirs de tout à l'heure. Il est rouge. Déjà bien entamé par l'alcool. Je m'ennuie. Je le laisse faire. Il m'allonge sur la banquette. Je continue d'écouter la voix du chanteur. Je me demande s'il pleut toujours dehors. Je tourne la tête. Un peu plus loin, une grosse dame est affairée avec un serveur. J'essaye de comprendre leur position. Ces gens sont répugnants. L'homme qui m'accompagne s'active. Reverrai-je un jour l'homme aux cheveux verts? Il accélère. Je pense qu'il a bientôt fini. Quelqu'un passe devant notre table. C'est le dénommé Jim de tout à l'heure. Il me regarde, rit, puis s'en va. Il revient quelques minutes après avec ses amis ; ils commencent à observer la scène. Je leur fait un signe de main. Mon "compagnon" a fini sa besogne et s'en va en poussant un soupir de satisfaction. Les autres le suivent. Je reste allongée un moment. Le serveur qui accompagnait la grosse dame s'approche et me demande si j'ai besoin de quelque chose. Je m'assoies, le regarde. "Un verre d'eau". "On ne sert pas de ça ici". "Conduisez-moi à la musique".
Il me fait signe de le suivre. Je me lève. Il m'emmène en arrière salle. Un vieux jukebox crache une musique violente et triste. Les paroles sont dans une langue que je ne connais pas. J'écoute. Elle me pénètre. Elle m'apaise. Je ferme les yeux et me laisse guider par la douce mélodie. J'écoute et je me sens bien. J'écoute et je sens un étrange sentiment m'envahir. Ce n'est pas de la tristesse, pas de la mélancolie, pas de la haine, pas de la peine. C'est pourtant un sentiment très fort.
L'amour ?
Mon réveil sonne enfin.
(image de Seb Cazes : http://www.myspace.com/sebcazes )
Commentaires
Je dois avouer que mes rêves ne sont pas aussi précis.
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